• Fables de la Fontaine

    Les fables de Jean de <?xml:namespace prefix = st1 ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" /><st1:PersonName w:st="on" ProductID="la Fontaine">la Fontaine</st1:PersonName><?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

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    Le lièvre et la tortue<o:p></o:p>

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    Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. Le Lièvre et <st1:PersonName w:st="on" ProductID="la Tortue">la Tortue</st1:PersonName> en sont un témoignage.

    Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point sitôt que moi ce but.

    Sitôt ? Etes-vous sage ? Repartit l'animal léger. Ma commère, il vous faut purger avec quatre grains d'ellébore.

    Sage ou non, je parie encore.

    Ainsi fut fait : et de tous deux on mit près du but les enjeux : savoir quoi, ce n'est pas l'affaire, ni de quel juge l'on convint.

    Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes, et leur fait arpenter les landes.

    Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter, pour dormir, et pour écouter d'où vient le vent, il laisse <st1:PersonName w:st="on" ProductID="la Tortue">la Tortue</st1:PersonName> aller son train de Sénateur.

    Elle part, elle s'évertue ; elle se hâte avec lenteur.

    Lui cependant méprise une telle victoire, tient la gageure à peu de gloire, croit qu'il y va de son honneur de partir tard. Il broute, il se repose, il s'amuse à toute autre chose qu'à la gageure. A la fin quand il vit que l'autre touchait presque au bout de la carrière, il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit furent vains : <st1:PersonName w:st="on" ProductID="la Tortue">la Tortue</st1:PersonName> arriva la première.

    Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse ?

    Moi, l'emporter ! Et que serait-ce si vous portiez une maison ?

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    La cigale et la fourmi<o:p></o:p>

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    <st1:PersonName w:st="on" ProductID="La Cigale">La Cigale</st1:PersonName>, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue : pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau.

    Elle alla crier famine chez <st1:PersonName w:st="on" ProductID="la Fourmi">la Fourmi</st1:PersonName> sa voisine, la priant de lui prêter quelque grain pour subsister jusqu'à la saison nouvelle.

    "Je vous paierai, lui dit-elle, avant l'Oût, foi d'animal, intérêt et principal. "

    <st1:PersonName w:st="on" ProductID="la Fourmi">La Fourmi</st1:PersonName> n'est pas prêteuse : c'est là son moindre défaut.

    Que faisiez-vous au temps chaud ? Dit-elle à cette emprunteuse.

    Nuit et jour à tout venant je chantais, ne vous déplaise.

    Vous chantiez ? J’en suis fort aise. Eh bien! Dansez maintenant.

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    Le corbeau et le renard<o:p></o:p>

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    Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage.

    Maître Renard, par l'odeur alléché, lui tint à peu près ce langage : "Hé ! Bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois."

    A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ; et pour montrer sa belle voix, il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.

    Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur, apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute : cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "

    Le Corbeau, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

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    Le loup et l’agneau<o:p></o:p>

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    La raison du plus fort est toujours la meilleure : nous l'allons montrer tout à l'heure.

    Un Agneau se désaltérait dans le courant d'une onde pure.

    Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure, et que la faim en ces lieux attirait.

    Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage : tu seras châtié de ta témérité.

    Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté ne se mette pas en colère ; mais plutôt qu'elle considère que je me vas désaltérant dans le courant, plus de vingt pas au-dessous d'Elle, et que par conséquent, en aucune façon, je ne puis troubler sa boisson.

    Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, et je sais que de moi tu médis l'an passé.

    Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ? reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.

    Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

    Je n'en ai point.

    C'est donc quelqu'un des tiens : car vous ne m'épargnez guère, vous, vos bergers, et vos chiens. On me l'a dit : il faut que je me venge.

    Là-dessus, au fond des forêts le Loup l'emporte, et puis le mange, sans autre forme de procès.

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    Les animaux malades de la peste<o:p></o:p>

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    Un mal qui répand la terreur, mal que le Ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre, <st1:PersonName w:st="on" ProductID="La Peste">La Peste</st1:PersonName> [puisqu'il faut l'appeler par son nom] capable d'enrichir en un jour l'Achéron, faisait aux animaux la guerre.

    Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés : on n'en voyait point d'occupés a chercher le soutien d'une mourante vie ; nul mets n'excitait leur envie ; ni Loups ni Renards n'épiaient la douce et l'innocente proie.

    Les Tourterelles se fuyaient : plus d'amour, partant plus de joie.

    Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis, je crois que le Ciel a permis pour nos péchés cette infortune ; que le plus coupable de nous se sacrifie aux traits du céleste courroux, peut-être il obtiendra la guérison commune.

    L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents on fait de pareils dévouements : ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence l'état de notre conscience.

    Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons j'ai dévoré force moutons. Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense : même il m'est arrivé quelquefois de manger le Berger. Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi : car on doit souhaiter selon toute justice que le plus coupable périsse.

    Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ; vos scrupules font voir trop de délicatesse ; et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur en les croquants beaucoup d'honneur. Et quant au Berger l'on peut dire qu'il était digne de tous maux, étant de ces gens-là qui sur les animaux se font un chimérique empire.
    Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir. On n'osa trop approfondir du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances, les moins pardonnables offenses.

    Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins, au dire de chacun, étaient de petits saints.

    L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance qu'en un pré de Moines passant, la faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense quelque diable aussi me poussant, je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

    A ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue qu'il fallait dévouer ce maudit animal, ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

    Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! Quel crime abominable ! Rien que la mort n'était capable d'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

    Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.


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